La lamproie ressemble à une anguille, mais elle n’en est pas une. Pas de mâchoire, pas de nageoires paires, un disque buccal garni de dents cornées et sept orifices branchiaux alignés derrière l’œil. Les biologistes la rangent parmi les agnathes, le groupe le plus ancien des vertébrés. Sur la façade atlantique, on la croise surtout dans l’estuaire de la Gironde, sur la Loire et dans les petits fleuves bretons.
Vous en avez vu une dans une rivière
Entre mai et juillet, ce sont presque toujours des adultes qui creusent leur nid. Les frayères sont protégées.
Vous voulez goûter la lamproie à la bordelaise
Le plat existe toujours, mais la pêche est suspendue en Gironde : voyez la partie réglementation.
Vous préparez une sortie pêche sur l’estuaire
L’espèce ne se prélève plus en Nouvelle-Aquitaine. Les règles sont détaillées plus bas.
Lamproie marine, fluviatile ou de Planer : les reconnaître
Trois lamproies vivent en France. Deux sont migratrices, la troisième passe toute sa vie en rivière. Le tableau réunit ce que l’OFB, l’Établissement public Garonne, Logrami et l’Observatoire des poissons migrateurs en Bretagne publient séparément.
| Critère | Lamproie marine | Lamproie fluviatile | Lamproie de Planer |
|---|---|---|---|
| Nom latin | Petromyzon marinus | Lampetra fluviatilis | Lampetra planeri |
| Taille adulte | 50 cm à 1,2 m, 700 g à 2,5 kg | environ deux fois plus petite | la plus petite des trois |
| Robe | gris jaunâtre, dos marbré de brun | unie, non marbrée | non précisée |
| Migration | oui, entre mer et rivière | oui, entre mer et rivière | non, reste en eau douce |
| Fleuves atlantiques cités | Gironde, Loire, Adour, petits fleuves bretons | Gironde, Loire, quelques côtiers bretons | ruisseaux et rivières |
Les larves des deux genres ne se distinguent qu’à partir de 5 cm, par la pigmentation de la lèvre et de la queue.
Reproduction et cycle de vie
La lamproie marine remonte de l’océan vers la fin de l’hiver, sans revenir forcément dans sa rivière de naissance. De mai à juillet, quand les débits baissent, les couples déplacent des galets avec leur ventouse et creusent un nid sur fond de graviers.
Une femelle pond 30 000 à 250 000 œufs selon l’OFB. Puis les géniteurs meurent.
Les larves, appelées ammocètes, s’enfouissent dans le sable et le limon pour 3 à 8 ans. Vers 13 à 15 cm, elles se métamorphosent et descendent vers la mer.

Alimentation : que mange la lamproie ?
Tout dépend de l’âge. La larve filtre micro-organismes et algues ; c’est la phase la plus fragile, car les polluants s’accumulent dans les sédiments où elle vit.
L’adulte, en mer, devient parasite. Il se colle à une alose ou à un saumon, râpe les écailles et aspire les fluides de son hôte ; sa salive contient des anticoagulants. Certaines victimes en meurent, précise l’EP Garonne.

Où l’observer sur la côte atlantique
L’estuaire de la Gironde reste son bastion historique, avec la Garonne et la Dordogne en amont. Sur le bassin de la Loire, Logrami a compté près de 93 000 lamproies marines sur l’axe Vienne en 2007, parmi les plus gros effectifs d’Europe. En Bretagne, l’Observatoire des poissons migrateurs compte chaque année les nids. Notre repère sur l’estran, la slikke et la conche aide à lire ces paysages d’estuaire.
Le meilleur moment ? Juin et juillet, sur une rivière à graviers : les nids se voient à l’œil nu. En amont, la situation inquiète : à Golfech, sur la Garonne, aucun passage n’avait été compté au 20 juin 2022.

Pêche et protection : ce qui a changé depuis 2023
Les frayères de la lamproie marine sont protégées par l’arrêté du 8 décembre 1988, et l’espèce figure à l’annexe II de la directive Habitats. Les deux migratrices sont inscrites sur la liste rouge des poissons d’eau douce de France métropolitaine.
- 17 avril 2023 : le juge des référés suspend la pêche de la lamproie marine en eau douce en Gironde.
- 16 mai 2024 : le tribunal administratif de Bordeaux annule l’autorisation des nasses et filets dérivants sur le domaine public fluvial de l’État en Gironde.
- 14 août 2024 : la pêche du silure, son prédateur, est ouverte toute l’année.
Le site régional Pêche Nouvelle-Aquitaine indique que la pêche professionnelle comme de loisir y est interdite depuis 2023.
La lamproie à la bordelaise, un plat d’estuaire
Les Romains la tenaient déjà pour un mets de choix, et la tradition anglaise attribue la mort du roi Henri Ier, en 1135, à un excès de lamproies. Dans le Bordelais, elle se cuisine en matelote au vin rouge avec des poireaux, la sauce liée à son propre sang. Comme les huîtres de Marennes, c’est un produit que l’estuaire a façonné.
Depuis la suspension girondine, demandez l’origine avant d’acheter. Pour ce qu’on ramasse soi-même, voyez notre fiche pêche à pied : tailles, quotas et marées.
La lamproie est-elle un poisson ?
Au sens courant oui, mais c’est un agnathe : un vertébré sans mâchoire, sans écailles et sans nageoires paires, plus ancien que les poissons osseux.
Où vit la lamproie ?
L’adulte de lamproie marine vit en mer, le long du plateau continental. La reproduction et la vie larvaire se passent en rivière, de la Gironde aux petits fleuves bretons.
La lamproie est-elle dangereuse pour l’homme ?
L’OFB et l’EP Garonne la décrivent comme un parasite de poissons, pas de l’homme. Sa réputation de « vampire » vient de sa façon de se nourrir.
Peut-on encore pêcher la lamproie ?
Pas en Gironde, où la pêche en eau douce est suspendue depuis avril 2023, ni en Nouvelle-Aquitaine. Ailleurs, la réglementation locale fait foi.
Combien de temps vit une lamproie ?
Jusqu’à 9 ans selon l’OFB, 18 ans au maximum observé. L’essentiel se passe enfoui à l’état de larve.
Pour voir une lamproie, choisissez une rivière à graviers en juin et restez sur la berge. Pour la goûter, demandez d’où elle vient. Et pour suivre l’espèce, consultez les comptages annuels des associations de poissons migrateurs de votre bassin.


