On arrive presque toujours par le même endroit : la courbe du pont, 2 926 mètres au-dessus du pertuis, et la sortie sur Rivedoux-Plage. À partir de là, tout le monde se pose la même question, et rarement dans le bon ordre. On cherche des lieux à voir, alors que le vrai sujet de l’île de Ré est la distance : 34 kilomètres séparent le pont des Portes-en-Ré, tout au bout. En vacances, à vélo, avec des enfants, ce chiffre décide de la moitié du programme.
Cet article part donc de ce qui se mesure, puis passe à ce qui se visite.
Vous n’avez qu’une journée
Restez à l’est : Sainte-Marie, La Flotte, Saint-Martin-de-Ré. Tout tient dans 12 kilomètres depuis le pont, le port de Saint-Martin se fait à pied, et vous rentrez sans course contre la montre.
Vous avez un week-end
Posez-vous au centre, au Bois-Plage ou à La Couarde. L’océan est à dix minutes de vélo, Saint-Martin à une demi-heure, et le nord reste atteignable sur une demi-journée complète.
Vous avez une semaine
C’est le seul format qui justifie de dormir à Ars-en-Ré ou aux Portes. Vous aurez le temps des marais salants au lever du jour, de la réserve, et du phare sans la foule de 15 heures.
Dix villages, une seule question : à quelle distance ?
L’île compte dix communes alignées d’est en ouest, de Rivedoux à Saint-Clément-des-Baleines, avec Loix et Les Portes en retrait au nord. Les guides les citent toutes. Aucun ne dit à quelle distance elles se trouvent les unes des autres, et c’est pourtant là que se décide un séjour.
Le tableau ci-dessous a été calculé sur le réseau routier et cyclable réel, depuis la sortie du pont, et converti en temps de selle à 13 km/h. Cette allure est volontairement basse : c’est celle d’un groupe avec enfants, pas celle d’un cycliste entraîné.
| Commune | Distance depuis le pont | À vélo (13 km/h) |
|---|---|---|
| Rivedoux-Plage | 1,3 km | 6 min |
| Sainte-Marie-de-Ré | 5,4 km | 25 min |
| La Flotte | 6,6 km | 30 min |
| Le Bois-Plage-en-Ré | 11,5 km | 53 min |
| Saint-Martin-de-Ré | 12,0 km | 55 min |
| La Couarde-sur-Mer | 17,7 km | 1 h 22 |
| Ars-en-Ré | 25,2 km | 1 h 56 |
| Loix | 25,4 km | 1 h 57 |
| Saint-Clément-des-Baleines | 28,9 km | 2 h 13 |
| Les Portes-en-Ré | 33,8 km | 2 h 36 |
Deux enseignements sautent aux yeux. Le premier : la moitié est de l’île se fait en moins d’une heure de vélo, l’autre demande une vraie demi-journée. Le second concerne Loix. Le village paraît proche sur une carte, mais il se trouve au bout d’une presqu’île : il faut contourner le fier d’Ars, ce qui le place à 25 kilomètres, soit aussi loin qu’Ars-en-Ré. Beaucoup de visiteurs le découvrent en selle.
Choisissez votre hébergement dans la moitié de l’île que vous voulez explorer, pas « au centre pour tout faire ». Dormir au Bois-Plage quand on rêve des marais du nord, c’est 28 kilomètres aller-retour à chaque sortie.

Combien de temps vous passerez vraiment sur la selle
Le réseau cyclable de l’île est dense : selon les sources, on parle de 110 à 138 kilomètres de pistes, presque toutes plates et séparées de la route. C’est ce qui fait la réputation du lieu, et ce qui piège les familles : un aller-retour anodin sur la carte devient une sortie de trois heures.
L’outil ci-dessous donne le temps de selle selon votre village, votre allure et le format de la sortie. Il ne remplace pas une carte : pour les boucles détaillées, l’article sur la carte de l’île de Ré entre dans le détail des itinéraires.
Temps de selle seul, hors pauses, hors visites.
24 km aller-retour vers Saint-Martin-de-Ré, à 13 km/h
Distances relevées le 14/09/2026 sur OpenStreetMap depuis la sortie du pont. Le vent d’ouest, fréquent l’après-midi, peut ajouter un bon quart d’heure au retour.
Les villages qu’on retient, et pourquoi
Saint-Martin-de-Ré, la place forte
C’est le cœur historique de l’île, et le seul endroit où l’histoire militaire saute au visage. Les fortifications construites d’après les plans de Vauban ceinturent encore la ville et le port. Elles sont inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2008, au titre du réseau des sites majeurs de Vauban. On en fait le tour à pied par le chemin de ronde, au-dessus des douves.
Le port en forme de bassin fermé, avec son îlot central, se remplit et se vide au rythme de la marée. À marée basse, les bateaux se couchent dans la vase. Beaucoup de visiteurs trouvent le spectacle moins joli ; c’est pourtant le moment où l’on comprend comment fonctionne un port à échouage.

La Flotte, le marché médiéval
À six kilomètres du pont, La Flotte a gardé un petit port et un marché couvert installé sous une halle de bois, ouvert tous les matins en saison. C’est l’adresse la plus simple pour un premier contact avec l’île quand on arrive en fin de journée.
Ars-en-Ré et son clocher en damier
Le clocher noir et blanc d’Ars servait d’amer aux marins : un repère visuel depuis la mer, peint de façon à être reconnaissable de loin. Le village, avec ses ruelles blanches et ses volets verts, marque l’entrée du nord de l’île, celui des marais et du silence.
Les Portes-en-Ré et Loix, le bout du monde
Ce sont les deux communes les plus éloignées, et les plus calmes. On y va pour le vide : les prairies humides, les cabanes ostréicoles, les chemins qui s’arrêtent dans l’eau. Compter une demi-journée complète si vous partez de l’est.
Visiter les marais salants sans déranger la réserve
Le nord de l’île est un immense damier d’anciennes salines. Une partie est encore exploitée par des sauniers, l’autre a été rendue aux oiseaux. C’est là que se trouve la réserve naturelle nationale de Lilleau des Niges, créée en 1980, qui couvre 220 hectares d’anciens marais salants, de prés salés et de vasières, gérés par la Ligue pour la protection des oiseaux.
La visite ne demande rien d’autre qu’une paire de jumelles et un peu de discrétion. Des sentiers longent la réserve ; le cœur, lui, reste interdit d’accès pour laisser les oiseaux se nourrir et nicher. La Maison du Fier, tenue par la LPO à l’entrée des Portes, sert de point de départ et prête du matériel d’observation. Le détail des accès est sur la page du Département de la Charente-Maritime consacrée à la réserve.
Le meilleur moment ? Tôt, et à marée montante. Les oiseaux quittent alors les vasières découvertes pour se rabattre sur les bassins de la réserve, à portée de jumelles. Le même raisonnement vaut pour la pêche à pied sur les rives du fier : tout se joue sur l’horaire, comme le détaille notre article sur les marées à La Rochelle, valables à quelques minutes près pour l’île.

Marcher sur les bosses de terre entre deux bassins : ce sont des ouvrages entretenus à la main par les sauniers, et un talus effondré représente des jours de travail. Les chemins de service ne sont pas des sentiers de promenade.
Où se baigner : l’océan ou le fier d’Ars ?
L’île a deux façades, et elles n’offrent pas la même chose. Au sud et à l’ouest, l’océan : de longues plages de sable derrière un cordon dunaire, des vagues, des baignades surveillées en saison, et un vent d’ouest qui se lève souvent l’après-midi. Au nord, le fier d’Ars : une baie peu profonde, une eau qui se retire loin, des fonds très doux.
Pour une famille avec de jeunes enfants, la différence est nette. Le fier chauffe vite et ne casse pas ; l’océan demande de surveiller les baignades et les courants de baïnes. Le choix plage par plage est traité dans notre itinéraire plage de l’île de Ré.
Tout à l’ouest, la pointe de Saint-Clément ferme l’île sur une côte plus rude, battue, semée de rochers. C’est là que se dresse le phare des Baleines, 57 mètres et 257 marches jusqu’à la galerie. La montée est raide, la vue porte sur toute l’île.

Rapporter du sel, des huîtres et des pommes de terre
Quatre productions tiennent l’identité alimentaire de l’île, et toutes se trouvent directement chez les producteurs plutôt qu’en boutique de front de mer.
- Le sel et la fleur de sel, récoltés l’été dans les marais du nord. Les sauniers vendent souvent sur place, à la cabane.
- Les huîtres, affinées dans les claires du fier d’Ars, à déguster face aux parcs dans les cabanes ostréicoles.
- La pomme de terre de l’île de Ré, protégée par une appellation d’origine, récoltée au printemps et introuvable le reste de l’année.
- Le vin et le cognac de l’île, produits par une cave coopérative installée au Bois-Plage.
Un marché par village, le matin, presque tous les jours en saison : c’est le moyen le plus simple de tout trouver au même endroit sans faire trente kilomètres.
À quelle saison venir
Juillet et août concentrent la fréquentation, la chaleur et l’animation. Le revers est connu : files au pont, pistes cyclables saturées aux heures de plage, villages pleins. Mai, juin et septembre offrent le même décor avec beaucoup moins de monde, une eau encore correcte en septembre, et des hébergements plus faciles.
L’hiver, l’île se vide et change de nature. C’est la saison des oiseaux migrateurs sur la réserve, des ciels bas, des villages presque muets. Si vous voyagez en camping-car sur l’île de Ré, c’est aussi la période où les règles de stationnement se desserrent, mais vérifiez commune par commune.
Pour prolonger vers le sud, l’île d’Oléron offre un autre registre, plus vaste et plus forestier : voir par exemple Saint-Trojan-les-Bains.
Questions fréquentes
Combien de jours faut-il pour visiter l’île de Ré ?
Trois jours suffisent pour voir l’essentiel sans courir : une journée à l’est autour de Saint-Martin et La Flotte, une au centre entre plages et Bois-Plage, une au nord pour les marais et le phare. En une seule journée, limitez-vous à la moitié est : au-delà, vous passerez plus de temps sur la selle qu’à regarder quoi que ce soit.
Peut-on faire l’île de Ré sans voiture ?
Oui, à condition d’accepter les distances. L’île mesure 34 kilomètres du pont aux Portes, et son réseau cyclable est presque entièrement séparé de la route. Des navettes relient les villages en saison. Un séjour sans voiture fonctionne surtout si l’hébergement se trouve dans la zone que vous voulez explorer.
Quelle est la plus belle plage de l’île ?
Cela dépend de ce que vous cherchez. L’océan, au sud et à l’ouest, donne de longues plages de sable et des vagues ; le fier d’Ars, au nord, une eau calme et peu profonde qui convient aux jeunes enfants. Notre itinéraire plage détaille les accès, les parkings et la surveillance.
Quand voir les marais salants en activité ?
La récolte se fait en été, principalement de juin à septembre, quand le soleil et le vent font s’évaporer l’eau des bassins. Le reste de l’année, les marais sont en eau et servent surtout de refuge aux oiseaux. Tôt le matin, la lumière rasante sur les bassins vaut le déplacement à elle seule.
La réserve de Lilleau des Niges se visite-t-elle librement ?
Les sentiers qui la bordent sont accessibles librement, en toute saison. Le cœur de la réserve, lui, reste fermé au public : ces 220 hectares servent de zone de repos et de nidification. La Maison du Fier, tenue par la LPO aux Portes-en-Ré, sert de point d’entrée et d’observation.
Faut-il réserver pour passer le pont ?
Non, le pont s’emprunte sans réservation, mais il est payant pour les véhicules, avec un tarif qui varie selon la saison et la classe du véhicule. Les cyclistes et les piétons ne paient pas. Les montants changeant régulièrement, vérifiez-les sur le site officiel du péage avant de partir.
Une dernière chose, qui ne se lit sur aucune carte : l’île de Ré se parcourt lentement. Les villages se ressemblent au premier coup d’œil, blancs et bas, et ne se distinguent qu’à l’arrêt. Posez le vélo, marchez une heure dans les ruelles d’Ars ou sur le chemin de ronde de Saint-Martin, et vous en verrez plus qu’en trois boucles enchanînées.
Sur le même sujet : la pêche à pied sur la côte atlantique, ce qu'il faut savoir avant de descendre sur l'estran.


